Dérapent dans le milieu police / justice sur le reste de la France  Retour à la liste des politiques qui dérapent  

 

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Deloire

Dubois

SEXUS

POLITICUS

L'affaire DSK

L 'ambition politique ! Elle réclame une énergie presque illimitée. Elle a un prix. Et elle mérite bien quelques précautions. Le 2 novembre 2005, les auteurs reçoivent un coup de fil de Ramzi Khiroune, le conseiller en communication de Dominique Strauss-Kahn. L ' homme est inquiet. Il a entendu parler de Sexus politicus. Le jeune homme exige de savoir ce que les journalistes savent sur son « patron (sic) », s ' ils détiennent ou non des documents de police, comme il l 'a entendu dire. Étrange attitude consistant à devancer toute demande pour bien signifier que l'enquête est sous surveillance. Le « démineur » est pressé. Rendez-vous est pris au bar de l'hôtel Lutetia deux jours plus tard. Ramzi Khiroune fait montre d'un aimable sourire, mais il est manifeste que le dossier lui cause des soucis. Malgré leurs demandes réitérées, malgré les preuves de leur absence d 'animosité, jamais les auteurs ne pourront en parler avec l'intéressé lui-même. Ce scénario ne s'est produit qu'avec l'ancien ministre de l'Économie. Qu'est-ce qui perturbe autant DSK ?

Le député de Sarcelles présente le profil type de Sexus politicus. Son art de la séduction, qui confine chez lui à l'obsession, n'a d'égal que son habileté intellectuelle. Ce qui en fait une cible de choix pour ses adversaires.

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de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy reçoit de curieux. « blancs » relevant du sordide et comportant des éléments de vie privée indécents. Il est en fait particulièrement ému par une note qui vise Dominique Strauss-Kahn', l'un de ses concurrents, prétendant de gauche en vue à l'époque pour la course à l'Élysée. « La note sur DSK a rendu Sarko furieux », confie un des proches du président de l'UMP. L'ancien ministre de l'Économie et des Finances de Lionel Jospin aurait en effet de quoi se plaindre. Car les R G ne sont pas les seuls à écrire sur lui. A peu près à la même époque, d'autres policiers s'intéressent à ses allées et venues ; en l'occurrence, des fonctionnaires du « groupe cabarets » de la brigade de répression du proxénétisme. Des informateurs leur susurrent depuis quelque temps que DSK va parfois boire un verre aux Chandelles, une boîte libertine située dans le l'arrondissement de Paris. Le Guide de l'échangisme publié par le magazine spécialisé Interconnexion affirme que « ce Relais et Châteaux du libertinage reste la référence nationale et internationale » et que « sa décoration ultra-sophistiquée en fait le plus chic des clubs ». Un détail : « Le restaurant est un bijou. » Un endroit où l'on ne renie ni la lettre ni l'esprit du sulfureux marquis de Sade : « Rien n'est affreux en libertinage, parce que tout ce que le libertinage inspire, l'est également par la nature », écrivait-il dans La Philosophie dans le boudoir. C'est donc là que le candidat à la présidentielle vient parfois dîner. Un jour, un fonctionnaire du « groupe cabarets » décide d'aller vérifier de ses propres yeux. Ce soir-là, Strauss-Kahn dîne en effet à la table d'à côté. Rentré au bureau, le policier rédigera un rapport, qu'il transmettra à sa hiérarchie de la préfecture de police. Sarkozy n'aime guère ces notes sans en-tête - on les appelle des « blancs » -, même s'il s'en est servi. Pense-t-il à son cas personnel ? Depuis, pro-

1. Celui-ci n'a pas donné suite aux demandes de rendez-vous des auteurs qui se sont finalement entretenus le 4 novembre 2005 avec Ramzi Khiroune.

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grès notable, le ministre de l'Intérieur a supprimé ces notes anonymes qui doivent désormais être parfaitement identifiables avec le logo du service.

En février 2005, Strauss-Kahn pose pour VSD avec son épouse. Une photo les montre dans leur cuisine à l'heure du petit déjeuner, avec cette légende : « DSK sait qu'il peut compter sur sa femme, Anne Sinclair. La journaliste surveille son hygiène de vie, joue le rôle de vigie, en particulier sur les sujets de société. » Quelques mois plus tard, le couple manifeste son union dans Paris Match. Au printemps 2006, alors que les candidats à la candidature du PS se lancent à l'assaut de l'investiture, les époux semblent faire campagne commune. Désormais, sur les plateaux de télévision et dans les magazines, l'ancienne présentatrice ne lâche plus son mari d'une semelle. Comme si les militants socialistes allaient voter pour les beaux yeux de « madame DSK. » Et voilà que dans L'Express, on leur pose des drôles de questions. A lui : « Vous avez la réputation d'être un séducteur, craignez-vous le pouvoir de la rumeur dans la vie publique ? » Il rétorque : « Ce n'est pas une arme que j'utiliserai. » Bref, ce n'est pas une réponse à la question. A elle : « Souffrez-vous de la réputation de séducteur de votre mari ? » Elle : « Non, j'en suis plutôt fière ! C'est important, de séduire, pour un homme politique. Tant que je le séduis et qu'il me séduit, cela me suffit. Je sais bien que, dans une campagne, les attaques ne se situent pas toutes à des niveaux stratosphériques, mais je suis un peu blindée sur le pouvoir de la rumeur. » Et quand il ne s'agit pas de rumeurs ? A la télévision, le 30 juin 2006, le candidat réclamait lui-même la « transparence »3. Anne Sinclair ne se trompe guère. Pendant des mois, on a cessé de cancaner dans le microcosme, dans les couloirs, sur un article paru en juillet 2003 dans Le Nouvel Observateur. A vrai dire, il ne s'agit pas d'un arti-
1 - VSD, 17-23 février 2005.
2 - L'Express, 1" juin 2006.
3 - Campus, France 2, 30 juin 2006.

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cle, mais d'un simple encadré, intitulé « Le ministre est là », inséré dans le cadre d'un dossier sur l'échangisme, qui a longtemps traîné dans la rédaction avant de faire finalement la couverture de l'hebdomadaire. Le journaliste Hubert Prolongeau y raconte la visite d'un ministre. « un vrai ministre », à une soirée privée libertine. Avant son arrivée, les convives sont impatients. A chaque coup de sonnette, les convives espèrent le voir, fébriles. L'hôte se précipite. Il tarde. Et finalement, le voilà. « C'est bien lui. Un léger frémissement parcourt les troupes. Deux femmes l'accompagnent, jeunes, grandes et minces. "Il fait plus gros qu'à la télé, tu trouves pas ?" Son sourire est presque électoral. Il entre dans le salon, serre quel­ques mains, l'habitude sans doute. » Le ministre ne s'attarde guère en civilités avant de passer à l'action. « Aussitôt, c'est la ruée. Les énergies trop longtemps pri­sonnières se libèrent, et ces dames se précipitent. La République va-t-elle être en deuil par étouffement ? Mais non. Le malheureux, un temps débordé, maîtrise vite la situation. Sent-il le poids des regards qui convergent vers lui ? Il le cache bien en tout cas. "Tu crois qu'il peut vraiment devenir président ?", murmure une des spectatrices à sa voisine... » A sa publication, l'encadré du Nouvel Observateur fait jaser le Tout-Paris. Quel membre du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin s'est donc rendu dans une telle soirée ? Comme le ministre dont on parle le plus à l'époque est de loin Nicolas Sarkozy, certains lecteurs se demandent si « il fait plus gros qu'à la télé » ne s'applique pas à lui. En fait, la scène a eu lieu près de deux ans auparavant. Sarkozy n'était pas encore ministre, et Strauss-Kahn ne l'était plus, puisqu'il avait dû démissionner en février 1999, en raison du scandale de la Mnef . Il n'empêche, DSK est furieux, car il sait que son nom est souvent cité en ville, où l'on veut faire croire que c'est de lui qu'il s'agit. Que l'article ait été publié dans un hebdomadaire de gauche l'horripile encore plus. D'ailleurs, les collègues de l'auteur du papier, notamment ceux du service politique, reçoivent des coups de fil de gens qui viennent s'informer. Parmi lesquels,

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d'ailleurs, des conseillers de Nicolas Sarkozy... Quant à DSK, il a eu une conversation musclée avec l'un des patrons de la rédaction.

Il est comme le Monsieur Teste de Paul Valéry, le héros qui incarne l'avènement du pur intellect dans son oeuvre littéraire : la bêtise n'est pas son fort. Comme il a du cha­risme, comme il a des dons d'orateur, comme, en un mot, il est sans doute le plus doué des postulants socialistes à la présidentielle, nombreux sont ceux à lui chercher un talon d'Achille. En clair son obsession à séduire qui l'approche. Plusieurs femmes journalistes politiques se sont ainsi agacées de ses gestes souvent déplacés. Une haut fonctionnaire de Bercy se rappelle également de son invitation, pendant un cocktail à « venir le rejoindre dans son bureau pour se détendre » ! Certains croient avoir trouvé la faille, notamment, en 2003, l'année même où est paru l'article du Nouvel Observateur. Dans les premières semaines de l'année, une journaliste d'à peine vingt-quatre ans prépare un livre sur les échecs professionnels des personnalités. Elle demande et obtient un rendez-vous avec DSK. L'entretien tourne court. Selon la journaliste, l'ancien ministre de l'Économie se serait montré très entreprenant, voire inconvenant. Au point qu'elle a songé à porter plainte. L'affaire, à l'époque, fait grand bruit dans les arcanes du pouvoir, mais la presse l'ignore. La mère de la jeune femme, membre du Parti socialiste, est une amie de Laurent Fabius, alors candidat déclaré, lui aussi. Le premier secrétaire, François Hollande, qui la connaît également, préfère soutenir la jeune femme sans l'influencer. Il passe des coups de fil de réconfort. Finalement, l'affaire se règle à l'amiable. Sa mère aura l'occasion de s'expliquer avec DSK à un meeting pour le « oui » à la Constitution européenne organisé à Sotteville-lès-Rouen le 13 mai 2005. Elle lui fera remarquer son manque de délicatesse. Il invoquera une « banale tentative de séduction ».

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